regardez autour de vous, l'art est là où vous ne l'imaginez pas.
Ne sommes-nous pas tous un peu artistes ?
Peintre, scupteur... Qu'est-ce qui fait qu'un artiste est un artiste ? Ces questions me taraudaient depuis longtemps. Un concours de circonstances m'a fourni des éléments de réponse. Voici comment.
Tout s'est passé en deux jours.
La veille au soir, invitée avec d'autres convives pour l'appéritif chez une connaissance, je remarquai, suspendus au mur, joliment encadrés, deux tableaux peints à l'encre noire. En vis-à-vis, sur une grande toile abstraite, des oui et des non se superposaient dans un fondu artistique de couleurs pastels. Un motif calligraphique noir barrait le centre du tableau.
Celle-ci est l'oeuvre d'un ami artiste à l'esprit révolutionnaire, expliqua notre hôtesse, face à nos diverses interprétations qui s'orientait plutôt vers le doute amoureux. Quant aux deux autres dessins, ce sont des peintures de ma fille.
La fille en question, je le précise, a trois ans. Le croirez-vous, ses compositions originales, esthétiques et dépouillées n'avaient pas à rougir de ce voisinage plus prestigieux.
Le soir-même, en deuxième partie de soirée, comme disent les programmateurs, un documentaire(1) sur la chaîne Arte montrait quatre artistes " in the mouv' ", en train de réaliser une oeuvre. Giacometti, Calder, Tàpies et Miró.
Le premier façonnait méticuleusement la paupière d'une de ses silhouettes filiformes qui caractérisent son art, tout en exprimant sa difficulté à rendre la profondeur d'un regard. Le second assemblait en un mobile délicat des petites formes géométriques avant d'assister à l'installation d'une transposition monumentale en acier d'une de ses créations sur une place publique.
Le troisième, après avoir recouvert une toile de plusieurs couches d'un enduit farineux de sa composition, grava dans la matière encore humide, d'un geste qui semblait à la fois spontané et réfléchi, un texte fait de courtes phrases, avant de l'arroser vigoureusement d'encre noire qui, en dégoulinant dans le creux des lettres donna du relief à l'écriture.
Le dernier enfin, assis face à une toile posée à plat sur un tréteau, réalisa, en se ménageant un long temps de réflexion entre chaque geste pictural, une composition abstraite faite de larges traits et d'arabesques au pinceau. Il termina son tableau à la main, estompant du bout des doigts des touches colorées de-ci, de-là.
Ce mélange de spontanéité, d'hésitations et de réflexion était fascinant. A quoi pensaient ces artistes pendant le temps de la création et dans les intervalles qui ponctuaient leur gestuelle ?
Une réponse me fut fournie le lendemain. Je consultait un article sur un auteur de bande dessinée américain renommé, Jules Feiffer(2). Il confessait, avec délectation, dans l'interview :" Il m'a fallu trente ans pour être enfin aussi bon qu'à 6 ou 7 ans. "
A quoi pensent les artistes lorsqu'ils créent ? Voilà sans doute une réponse possible : à retrouver la spontanéité de l'enfance. Et chacun de nous l'a en soi, son âme d'enfant.
(1) Les Mains éblouies, de Cyril de Turckheim
(2) Télérama n° 3021
Ouvrages présentés en illustrations
Alberto Giacometti : Oeuvres, écrits, entretiens (Belle reliure)
de Guillermo Nemirovsky (Auteur), Angel Gonzalez (Traduction)
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Alexander Calder 1898-1976 (Broché)
de Alexander Calder (Auteur)
5,65 € > acheter
Antoni Tàpies : Oeuvres, écrits, entretiens (Belle reliure)
de Youssef Ishaghpour (Auteur)
33,25 € > acheter
Miró et Mallorca (Relié)
de Pere A Serra (Auteur), Joan Miró (Auteur)
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